Problème · Trouble physiologique
Cul noir de la tomate : ce n’est pas une maladie
Le fond du fruit qui noircit et se dessèche affole beaucoup de jardiniers. Ce n’est ni un champignon ni un parasite : c’est un problème d’arrosage, et il se corrige.
TypeTrouble physiologique
SaisonJuin → septembre
DéclencheurArrosage irrégulier
GravitéModérée
CulturesTomate, poivron, aubergine
ContagieuxNon
Accueil › Problèmes › Cul noir de la tomate
À faire tout de suite
Ce qu’il faut faire, et ne pas faire
Régularisez immédiatement l’arrosage : la même quantité, aux mêmes intervalles, tous les deux ou trois jours. Installez un paillage épais dès aujourd’hui pour stabiliser l’humidité du sol. Retirez les fruits déjà touchés, qui ne se rétabliront pas. Et surtout : n’ajoutez pas de calcium. Votre sol en contient presque certainement assez — le problème n’est pas la quantité, c’est le transport.
Comment le reconnaître
Le symptôme est très caractéristique et ne se confond avec presque rien.
- Une tache brune à noire au fond du fruit, à l’opposé du pédoncule.
- La zone est sèche, plate, dure et légèrement enfoncée, comme du cuir.
- Elle apparaît sur des fruits encore verts et grandit avec eux.
- Elle touche souvent les premiers fruits de la saison, puis disparaît spontanément sur les suivants.
- Les variétés allongées — Roma, cornue des Andes, San Marzano — y sont nettement plus sensibles.
- Aucun feutrage, aucune moisissure, aucune odeur : c’est ce qui la distingue d’une maladie.
Ne pas confondre
| Ce que vous voyez | C’est peut-être plutôt | Comment trancher |
|---|---|---|
| Tache brune, molle et humide, avec moisissure | Pourriture ou mildiou | Le cul noir est toujours sec et dur, jamais mou |
| Tache brune sur le côté du fruit | Coup de soleil | Le cul noir se situe exclusivement au fond du fruit |
| Fruit fendu en surface | Éclatement par excès d’eau | Ce sont des fissures, pas une zone nécrosée |
Comprendre
Ce qui se passe réellement
Le calcium circule dans la plante uniquement avec l’eau. Quand l’alimentation en eau devient irrégulière, le calcium n’atteint plus l’extrémité du fruit — la partie la plus éloignée des racines — et les cellules s’y effondrent.
- Des arrosages irréguliers : périodes sèches suivies d’arrosages abondants. C’est la cause principale, de très loin.
- Une culture en pot, où le substrat sèche vite et où les à-coups sont fréquents.
- Une croissance très rapide par forte chaleur : le fruit grossit plus vite que le calcium ne peut être acheminé.
- Un excès d’azote, qui favorise le feuillage au détriment de la répartition du calcium.
- Un sol trop sec ou trop acide, qui limite la disponibilité du calcium.
- Des racines endommagées par un binage trop profond près du pied.
Agir
Que faire maintenant
Les fruits atteints sont définitivement perdus. En revanche, les suivants peuvent être parfaitement sains si vous corrigez maintenant.
- Retirez les fruits touchés : ils ne se rétablissent pas et épuisent la plante inutilement.
- Arrosez régulièrement : même volume, mêmes intervalles. Deux à trois litres par pied, deux à trois fois par semaine.
- Paillez épais, 8 à 10 cm. C’est la mesure la plus efficace pour lisser l’humidité du sol.
- Cessez tout apport azoté jusqu’à la fin de la saison.
- Ne binez plus près du pied pour ne pas blesser les racines superficielles.
- En pot : augmentez le volume si possible, et arrosez plus souvent en plus petites quantités.
Le calcium n’est presque jamais la solution
On lit partout qu’il faut apporter de la chaux, des coquilles d’œuf ou du lait. Dans la quasi-totalité des sols français, le calcium est déjà présent en quantité suffisante. Le problème n’est pas la ressource, c’est son transport — et le transport, c’est l’eau.
La saison prochaine
Comment l’éviter
Pailler dès la plantation
Un paillage installé mi-juin stabilise l’humidité pour toute la saison. C’est la mesure préventive la plus efficace.
Arroser à intervalles fixes
Mieux vaut un rythme régulier légèrement insuffisant qu’une alternance de sécheresse et d’inondation.
Installer un goutte-à-goutte
Sur minuteur, il supprime toute irrégularité. C’est le meilleur investissement contre ce trouble.
Éviter l’excès d’azote
Le compost mûr suffit. Les engrais azotés déséquilibrent l’alimentation minérale du fruit.
Choisir des variétés moins sensibles
Les tomates rondes classiques — Marmande, Montfavet — y sont bien moins sujettes que les variétés allongées.
Enterrer profondément à la plantation
Un système racinaire développé sur 15 cm de tige puise plus régulièrement et amortit les à-coups.
Cultures concernées
Où le rencontre-t-on ?
Les cultures les plus exposées, avec ce qu’il faut surveiller sur chacune.
Testé au potager
Mon expérience
Le cul noir m’a fait perdre du temps parce que j’ai cherché une maladie là où il n’y en avait pas. J’ai lu qu’il fallait apporter du calcium, j’ai broyé des coquilles d’œuf, ajouté de la chaux — sans le moindre effet.
Le calcium n’était pas le problème. C’était l’eau. Mes arrosages étaient irréguliers : rien pendant plusieurs jours quand j’étais occupé, puis un arrosage massif pour rattraper. C’est exactement ce qui déclenche le phénomène.
Depuis que je paille épais et que j’arrose à intervalles fixes, le problème a disparu — sans que j’aie rien ajouté au sol.
Un détail rassurant : ce sont souvent les premiers fruits qui sont touchés, puis ça s’arrête tout seul quand le système racinaire s’est développé. Il n’y a pas toujours lieu de s’alarmer.
Vos questions
Questions fréquentes
Peut-on manger une tomate atteinte de cul noir ?
Oui, en découpant largement la partie nécrosée. Le reste du fruit est sain, simplement moins agréable.
Faut-il ajouter des coquilles d’œuf ?
Elles se décomposent trop lentement pour avoir un effet dans la saison, et le calcium n’est presque jamais le facteur limitant. Corrigez l’arrosage.
Pourquoi seulement les premiers fruits ?
La plante est alors en pleine croissance et ses racines encore limitées. Le phénomène disparaît souvent seul quand le système racinaire s’étend.
Le cul noir est-il contagieux ?
Non, ce n’est pas une maladie. Aucun pied ne peut contaminer un autre.
Mes tomates en pot sont plus touchées, pourquoi ?
Le volume de terre limité sèche vite et les à-coups d’humidité y sont bien plus marqués. Augmentez le volume et arrosez plus souvent.
Le lait au pied des tomates, ça marche ?
Non. C’est une croyance tenace sans fondement, et le lait peut favoriser des développements bactériens indésirables.
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